Poignée

Invitation du Frac Normandie dans le cadre du dispositif Culture-Justice.
Projet de 2022 à 2023, restitution le 1er juin 2023.

« Poignée » est une édition retraçant le projet d’initiation à la gravure axé sur les stéréotypes sexistes en milieu carcéral. Il s’inscrit dans le dispositif Culture – Justice mené en collaboration avec la Maison d’arrêt de Rouen, le Frac Normandie et la plasticienne Marie-Margaux Bonamy. Cette édition s’articule comme une forme de restitution du projet mené avec les détenu.e.s de la Maison d’arrêt de Rouen. Celleux-ci ont été initié.e.s à la technique de la gravure sur linoléum avec comme intention de produire une image questionnant les rapports femmes-hommes au sein de la prison. Ce point de départ a permis d’aborder leurs visions et leurs vécus vis-à-vis de l’égalité des genres. Chacun.e a pu traiter le sujet librement après une première rencontre menée par Julie Debeer et Marie-Margaux Bonamy présentant une sélection d’œuvres des collections du FRAC et du travail plastique de l’artiste.
L’identité, la communauté, le temps, l’isolement, les discriminations, la non-mixité et le rapport à l’autre ont été vecteurs de création. Les productions des participant.e.s dans cette édition nous donnent la possibilité d’entrevoir la notion « d’habiter »; comment un espace se définit par ses occupant.e.s et comment celui-ci les habite en retour.

Poignée : (de poing)
1. Quantité de quelque chose que la main fermée peut contenir.
2. Partie d’un instrument, d’un ustensile, d’une arme, etc., servant à les saisir, à les tenir, à les manipuler avec la main : La poignée d’une valise. Poignée de porte.
3. Un petit nombre de personnes : Une poignée de manifestants s’était regroupée.

Le titre de l’édition est le témoignage d’un lieu, où la disparition totale de cet objet du quotidien symbolise et définit la privation de liberté. La poignée se retrouve malgré elle dans l’initiation à la gravure, elle nous permet de saisir, tenir et créer. Lorsqu’on empoigne une gouge pour graver une plaque, on inscrit un geste, on encre une idée. La poignée est aussi un geste d’accueil, de bienvenue. Un acte de reconnaissance. Une lutte se met en place, par la survivance d’un contact et l’affirmation d’une présence. C’est aussi une quantité de mesure, nous étions une « poignée » à graver, à nous rencontrer et discuter.
Dans ce projet, le terme poignée fait sens. La Maison d’arrêt se définit comme la disparition de la poignée, et donc, par la suppression de la liberté de sortir. Ainsi j’ai imaginé une prothèse comme objet de survie, une poignée simulant un contrôle de nos espaces et d’une liberté vaine.

Nos espaces de vie intime définissent comment nous habitons le monde et la société. La Maison d’arrêt en tant que prison marque ses occupant.es et leurs mots. Leurs pensées et désirs se retrouvent dans cette édition qui s’articule comme un espace de liberté d’expression.
 
Marie-Margaux Bonamy, 2023